Lors de notre  mission de l'an dernier dans le district de Gorkha, le petit village de Deorali (à 4h de marche d’Arkhet Bazar, la fin de la route carrossable), le conseil du village et l’association des femmes nous avaient exprimé leur désir de disposer d’un moulin à farine.

Dans ce village, c’est toujours avec une meule de pierre tournée à la main, que les femmes, après une journée harassante, préparent la farine qui servira aux repas du lendemain. Elles nous avaient mimé ce pénible travail sur lequel elles s’endorment parfois, le front heurtant alors le manche de bois de la meule. Dans ce village, aucun torrent ne permet d’installer un moulin hydraulique comme c’est la coutume dans la plupart des villages de montagne. Les femmes nous avaient aussi exprimé le désir de disposer d’un lieu de réunion et d’échange.
En 2016, les moyens financiers de Wrac’h au Népal permettaient d’envisager l’installation d’un moulin. Nous avons pris conseil auprès des spécialistes népalais et décidé de réaliser ce projet espéré par le village.

Une petite équipe a été missionnée pour la réalisation d’un bâtiment qui comprendrait un espace pour l’installation du moulin, et d’une pièce de réunion pour les femmes du village.

Notre équipe était composée de Eric Prigent et Alain Bucas, tous deux charpentiers et chargés de la réalisation du bâtiment. Gilles Menut était chargé de la réalisation des documents vidéo, et Guy Delaunay, responsable du projet. Nous signalons que les quatre volontaires ont tous pris en charge l’ensemble des frais de voyage.

Quelques étapes de la mission

Mardi 29 novembre

Accueillis par notre cher ami Sailendra à l’aéroport de Katmandu. Eric et Alain découvrent Katmandu, ville mythique, grouillante d’activité, encombrée, pleine de vie.

Mercredi 30 novembre


Une matinée consacrée aux achats de produits artisanaux qui seront proposés à la vente à notre retour en Bretagne. Dans l’après-midi, nous achetons le matériel destiné au village : un moulin à farine pour le riz, un moulin spécifique pour le millet, et un gros moteur diésel pour actionner l’ensemble grâce à un système de courroies et de roues d’entrainement. L’ensemble doit peser 400 kg…

En soirée, nous chargeons le matériel dans un pick-up qui partira le lendemain avec Eric, Gilles, Alain et Tula tandis que Guy et Sailendra prendront le bus local vers Arkhet Bazar.

Jeudi 30 novembre

9 heures de route et de pistes défoncées pour arriver au bout de la route. Un petit lodge sur la rive gauche de la Buri Gandaki nous accueille pour la nuit avant d’attaquer à pied les pentes de la montagne.

Vendredi 1er décembre
Au petit matin, nous avons la surprise de voir que tous les villageois de Deorali, hommes et femmes, sont descendus afin de nous aider à transporter le matériel du moulin. Une dizaine de jeunes se charge du moteur diesel à l’aide d’un brancard en perches de bambou.  L’ascension est assez rude, nous mettrons 4 heures pour atteindre le village. Tous les enfants de l’école nous attendent et nous couvrent de colliers de fleurs. Un peu plus loin, ce sont les femmes qui nous ont précédé et qui nous attendent sous un portail de fleurs. Colliers, écharpes… Profonde émotion !
Nous n’avons que huit jours pour réaliser la construction du bâtiment. Dès l’après-midi, visite du chantier : la plate-forme est en place. Les villageois ont sacrifié deux terrasses agricoles pour obtenir la surface suffisante. Avant la tombée du jour, l’implantation est tracée au sol. Les jeunes porteurs arrivent avec les charges lourdes, ils franchissent les murettes des terrasses comme des bulldozers… Quelle puissance !

En soirée, réunion au village. Chacun décide de participer : une équipe de sciage fournira le bois de la forêt, les femmes viendront chaque après-midi casser les cailloux pour le béton, les jeunes participent à la construction.

Tout au long de la semaine, la coopération a été pleine et entière, dans une humeur joyeuse et enthousiaste.

Samedi 2 décembre et les jours suivants…

Nous commençons le sciage, les assemblages au sol. Les jeunes, les vieux sont présents tous les jours, certains s’initient à la visée laser, d’autres à l’usage de la tronçonneuse. Les trous d’ancrage des poteaux sont creusés.  Le levage des parois n’a jamais manqué de bras. Les femmes nous apportent des petits cadeaux : bouteilles de « rakshi », leur bière locale, maïs grillé, galettes, fruits.

Le dernier jour, l’ossature est en place, le mécanicien, venu d’un village voisin aligne les machines avant le bétonnage des ancrages. Dans la soirée, les habitants sont montés au chantier pour une cérémonie d’inauguration. Le pignon du bâtiment est décoré de fleurs et de grandes feuilles de bananiers. C’est la fête, même si le bardage n’est pas encore en place. Les t^les de la toiture seront livrées dans la semaine, après notre départ.



Ce qui va changer

La vie du village va se trouver profondément modifiée grâce à ce moulin. Nous apprenons qu’en réalité, ce n’est pas seulement Deorali qui aura l’usage du moulin, mais tous les villages de ce versant de la montagne. Une économie de proximité va peu à peu se mettre en place. Le local des femmes va trouver son usage :  réunions, décisions, projets… Pendant la fête d’inauguration, une des femmes nous fait le signe de la victoire. Beau geste plein d’espoir.

D’autre projets sont en cours sur ce versant montagnard, l’école du village a été reconstruite grâce au financement de notre ami Ashok, Nous contribuerons avec un peu de mobilier pour l’aménagement des classes. Sur le village de Swaragaon, les classes supérieures vont bientôt bénéficier d’une bibliothèque,/librairie. Un nouveau bâtiment reste à construire. Ce sera  notre prochaine étape , si la générosité de nos donateurs le permet…