Blocage et vie quotidienne

Toujours beaucoup de monde dans les rues commerçantes de Katmandou, peu de touristes, mais beaucoup plus de bicyclettes qu'auaparavant, que l'on a ressorties il y a peu pour certaines, c'est assez évident.

On croise aussi des gens qui portent des « doko » (paniers) remplis de bois pour la cuisine.

Plusieurs restaurants et gargottes ont tiré leurs rideaux, d'autres proposent des cartes très réduites, étonnamment même ceux qui accueillent habituellement une clientèle étrangère. Des magasins ont aussi fermé, sans doute pour ne pas assurer le coût de la production d'électricité par un générateur.

Quand celui-ci tourne (pas discrètement), encore faut-il trouver le carburant ! Ça ferme aussi parce que la saison, déjà peu brillante (60 % de baisse) est quasi terminée.

Les rues sont moins bruyantes, on ne croise quasiment que des taxis et des motos qui ont réussi à faire le plein (au marché noir peut-être, qui enrichit sans doute quelques personnages bien placés ou politiques). Dans les familles, on se relaie pour, dans les longues files d'attente, rapprocher un véhicule de la station qui va fournir, peut-être, un peu du précieux liquide.

Bisuli oina : pas d'électricité à l'hôtel de 11h à 17h, c'est le groupe qui assure ensuite. Les longues coupures s'expliquent aussi par le fait que la mousson a été clémente : « peu » d'eau, donc éboulements pas trop graves, mais en contrepartie cela affecte la production d'électricité pour la vallée de Katmandou, qui utilise les cours d'eau… Le lit de la Basmathi est quasi vide par rapport à l'année dernière.

Tout le monde semble d'en accommoder, la pénurie de matériaux (ciment, ferraille etc.) et de médicaments est plus pénalisante. Le gouvernement a commencé à faire venir ceux-ci par avion.

Népal et Inde

Il dure depuis plusieurs mois.

Sailendra nous rappelait que le Népal était autrefois un état puissant dans la région. Nous avons visité le palais et le musée de Gorkha, qui met en scène l'unification du pays par la dynastie Shah, auX 18ème et 19ème siècle. Le Népal dominait alors les différents royaumes indiens, une princesse népalaise pouvait épouser l'empereur de Chine.

L'Inde est maintenant le puissant voisin, qui joue le rôle du « big brother » (dixit Modi dans la presse), c'est-à-dire le frère aîné qui tient la main de son petit frère népalais… très fermement !

Le changement de majorité, et de gouvernement à Katmandou, et la nouvelle constitution, dont l'après-séisme semble avoir accélérer la rédaction, ont fait froncer le sourcil au grand frère. Ce texte est indispensable pour réorganiser le territoire (pas d'élections depuis 15 ans), distribuer les subsides et lancer la reconstruction. Des donateurs et organismes (UNESCO par exemple) attendent un programme de gestion et distribution du gouvernement.

Constitution et opposants

Cette nouvelle constitution trace les contours d'un état fédéral, composé de « zones » (nous dirions provinces), chacune pratiquement ayant une frontière avec les 2 grands voisins au nord et au sud, même si elles ne sont pas accessibles ou franchissables. Elles ont des compositions ethniques variées, sans parler de la division de la population en castes, les hautes castes étant sur-représentées dans certaines zones,  et les basses castes dans d'autres.

La constitution et les différentes opinions, vus par la BBC

Des cartes, sur le site du consulat du Népal (celles d'avant)

Or 3 des régions actuelles au sud du pays, avant cette refonte, qui ont une frontière commune, très utilisée, avec l'Inde sont certes peuplées de plusieurs ethnies, comme la plupart des régions. Cependant les Madhesi représentent plus de 30 % de cette population et s'estiment lésés par ce nouveau découpage, et par la baisse de représentation des basses castes dans le nouveau parlement, ainsi que la réaffirmation du droit du sang pour les nouveaux nés. Et leurs dirigeants sont assez proches de ceux de l'Inde voisine.

Leurs objectifs: plus de représentativité par exemple dans une zone horizontale accolée à l'Inde, là où passent tous les camions, ce que ne veulent surtout pas les membres de la coalition au pouvoir au Népal, qui craignent, sans doute à juste titre, la main mise de l'Inde sur toute cette région par laquelle transitent presque toutes les marchandises, dont carburant, matériaux et matériels divers, nourriture etc..

Les opposants madhesis bloquent le passage à la frontière, le gouvernement indien les soutient implicitement (et les reçoit à Delhi) en lassant passer les camions au compte-goutte. Ceci depuis 3 mois. L'économie népalaise est asphyxiée, la vie quotidienne devient un parcours du combattant, surtout dans les villes pour l'instant. La plupart sont privés de comburant pour la cuisine, de carburant pour les véhicules.

Aucun accord n'est en vue, les représentants des madhésis refusant régulièrement de rencontrer les autres partis au pouvoir. Blocage total : sans constitution, pas de d'organisation, pas de dons, pas de reconstruction, et plus de matériaux, de ciment etc.

Si on y ajoute les conséquences du séisme, le retrait des touristes, l'arrêt de la production et des exportations, le développement du marché noir, cela fait beaucoup. Et pourtant nos hôtes népalais font preuve d'une énergie et d'une foi dans l'avenir assez incroyable : ici, on ne se plaint pas, a-t-on entendu, et la roue va tourner.